Depuis le 1er mars 2025, les médicaments contenant du tramadol, de la codéine ou de la dihydrocodéine doivent être prescrits en France sur une ordonnance sécurisée. Cette règle n’est pas une formalité de plus: elle répond aux risques de dépendance, surdose, mésusage et associations dangereuses.
La réponse courte: tramadol et codéine peuvent soulager certaines douleurs, mais « plus fort » ne signifie pas « mieux adapté ». Le type de douleur, la durée prévue, les autres sédatifs et la stratégie de sortie comptent autant que le choix du comprimé. Les nouvelles règles françaises visent précisément à éviter la poursuite automatique et le mésusage, pas à nier leur utilité quand ils sont indiqués.
À retenir
- L’ANSM impose une ordonnance sécurisée depuis le 1er mars 2025 (ANSM).
- La durée maximale d’une prescription de codéine ou dihydrocodéine a été ramenée à douze semaines, comme pour le tramadol.
- Les deux médicaments exposent à la somnolence, constipation, nausées, dépendance et dépression respiratoire.
- Le tramadol ajoute des risques de convulsions et de syndrome sérotoninergique avec certains médicaments.
- Une respiration lente, des lèvres bleutées, des pupilles très serrées ou une personne impossible à réveiller constituent une urgence.
Ce qui a changé en France
Pour une nouvelle prescription, le médecin doit utiliser une ordonnance sécurisée et inscrire dosage, posologie et durée en toutes lettres. Le pharmacien ne peut délivrer le traitement que sur cette base. Une nouvelle ordonnance est nécessaire pour prolonger au-delà de la durée autorisée.
L’objectif est de rendre la prescription plus traçable et d’obliger à réévaluer la poursuite. Cela ne retire pas leur place aux opioïdes lorsqu’ils sont indiqués. Cela évite qu’un traitement initialement court se prolonge par automatisme.
Tramadol et codéine: ressemblances et différences
La codéine est transformée en partie en morphine par l’organisme. Cette transformation varie selon les personnes, ce qui peut rendre l’effet et le risque moins prévisibles.
Le tramadol agit à la fois sur les récepteurs opioïdes et sur des systèmes liés à la sérotonine et à la noradrénaline. Cette double action explique des interactions particulières avec certains antidépresseurs et autres médicaments sérotoninergiques. Agitation, transpiration, diarrhée, tremblements, rigidité, fièvre ou confusion après une association doivent faire rechercher un syndrome sérotoninergique.
| Point | Tramadol | Codéine |
|---|---|---|
| Action | Opioïde et effet sérotoninergique/noradrénergique | Opioïde après transformation variable |
| Risques partagés | Somnolence, constipation, dépendance, respiration ralentie | Somnolence, constipation, dépendance, respiration ralentie |
| Vigilance spécifique | Convulsions, syndrome sérotoninergique | Variabilité de transformation, associations |
Les associations qui rendent le traitement dangereux
L’Office fédéral de la santé publique suisse rappelle que l’association d’un opioïde avec l’alcool ou une benzodiazépine peut provoquer une gêne respiratoire pouvant aller jusqu’au décès (OFSP).
Le risque augmente aussi avec les somnifères apparentés, certains antihistaminiques sédatifs, la prégabaline ou la gabapentine. L’article sur gabapentine et prégabaline détaille ce problème. Les médicaments du sommeil sont présentés séparément dans notre guide des somnifères Z.
Douleur aiguë et douleur persistante
Une douleur après une opération, une fracture ou un épisode aigu ne suit pas la même logique qu’une lombalgie persistante, une douleur neuropathique ou une migraine. Dans la douleur chronique, augmenter la puissance d’un antalgique peut parfois aggraver fatigue, constipation, chutes, sommeil et fonctionnement sans traiter la cause.
La consultation doit préciser l’objectif: dormir, marcher, reprendre une activité, traverser une phase postopératoire ou réduire une crise. Elle doit aussi fixer une durée, un point de réévaluation et une conduite en cas d’effets indésirables.
Questions utiles avant de commencer
- Quelle est la cause probable de la douleur ?
- Quel bénéfice concret doit être obtenu et à quelle date sera-t-il évalué ?
- Quels médicaments ou boissons peuvent majorer la somnolence ?
- Comment prévenir et surveiller constipation, nausées et chutes ?
- Quelle est la stratégie si le médicament n’aide pas ou doit être arrêté ?
- Une approche non opioïde, physique ou spécialisée est-elle plus adaptée ?
Ces questions ne sont pas une défiance envers le traitement. Elles évitent de poursuivre un médicament dont le rapport bénéfice-risque a changé.
Dépendance et arrêt
Tolérance, dépendance physique et addiction ne sont pas synonymes, mais peuvent se recouper. Une envie irrépressible, des prises anticipées, une recherche auprès de plusieurs prescripteurs ou l’utilisation pour calmer l’angoisse plutôt que la douleur doivent être signalées.
Après un usage régulier, un arrêt brutal peut provoquer agitation, douleurs, symptômes digestifs, sueurs et insomnie. Le plan d’arrêt dépend de la durée et du contexte. Il ne doit pas être copié depuis un forum.
Circuit vérifié et offres sans ordonnance
Un produit traçable porte une substance, une forme, une teneur et un fabricant identifiables. Cela ne suffit toutefois pas à rendre un opioïde approprié sans prescription. Une offre anonyme de tramadol ou codéine « sans ordonnance » réunit deux risques: produit invérifiable et absence de vérification des interactions ou de la dépendance.
Si vous en prenez déjà
Ne jugez pas seulement la douleur sur une note de 0 à 10. Notez aussi somnolence, constipation, nausées, chutes, humeur, sommeil, quantité restante, prises anticipées et alcool ou sédatifs associés. Ces informations disent si le traitement reste utile ou commence à créer plus de risques que de bénéfices.
Si la douleur persiste malgré le traitement, augmenter ou prolonger n’est pas la seule option. Il peut falloir revoir le diagnostic, associer kinésithérapie, traiter une douleur neuropathique autrement, orienter vers une consultation douleur ou organiser une diminution progressive.
FAQ
L’ordonnance sécurisée signifie-t-elle que le tramadol est un stupéfiant ?
L’ANSM applique une partie de la réglementation des stupéfiants à ces prescriptions. Le médicament garde ses indications, mais sa prescription et sa délivrance sont renforcées.
La codéine est-elle moins risquée parce qu’elle paraît plus faible ?
Non. Elle reste un opioïde, avec dépendance, somnolence et dépression respiratoire possibles, surtout en association.
Peut-on conduire ?
Tramadol et codéine peuvent altérer la vigilance. Il faut respecter le pictogramme et ne pas conduire en cas de somnolence, vertige ou ralentissement.
Sources et note de vérification
Cette page a été vérifiée le 19 juin 2026 à partir de l’ANSM, de l’Office fédéral de la santé publique suisse et des RCP français accessibles dans la base publique des médicaments pour les risques de somnolence, convulsions, syndrome sérotoninergique et dépression respiratoire. Elle ne fournit ni équivalence de dose ni protocole de sevrage.